« Baiser » : du délicieux substantif à l’infinitif « obscène »

L’Antiquité, grecque puis latine, nous a légué un héritage sémantique incontestable. Mais, plutôt que voir le verre à moitié plein en partant des mots dont nous disposons aujourd’hui, il peut être intéressant de s’intéresser à la partie à moitié vide : celle des mots disparus.

En partant de ces mêmes langues, à l’origine de la langue française, nous constatons immédiatement que le vocabulaire, dans certains domaines, était plus riche qu’aujourd’hui. Des mots de l’Antiquité ont ainsi complètement disparu, ou ont été détournés, à la manière d’un héritage frauduleusement capté.

Sans faire ici le procès du sentiment religieux ni des convictions spirituelles, il est néanmoins intéressant de comprendre comment la chrétienté, toute puissante et influente pendant plus d’un millénaire, a capté un héritage sémantique antique particulièrement riche et l’a paupérisé. Et, plus précisément, à l’occasion de la Saint-Valentin (symbole même de cette confusion récurrente entre les fêtes religieuses et les coutumes païennes, antiques ou médiévales), intéressons-nous aux mots « baiser » et « aimer », dénaturés par des préoccupations théologiques dont nos sens n’ont cure.

Sommaire

    Les mots pour aimer : de la richesse linguistique antique à l’indigence moderne

    Même si l’amour est constitutif de la nature humaine, faisant partie intégrante de notre essence, la conception des Grecs et des Romains à ce sujet différait quelque peu des nôtres…

    Les Romains, ainsi, distinguaient plusieurs « baisers », et utilisaient trois termes différents pour les nommer : l’osculum (littéralement « petite bouche »),  qui désignait un baiser sur la main, la joue ou la bouche, le plus souvent échangé entre membres d’une même corporation ou d’un même ordre social ; le basium, introduit au Ier siècle avant Jésus-Christ, notamment sous l’influence de Catulle, représentait le baiser amoureux échangé sur la bouche entre époux ou membres de la même famille ; et enfin le suavium, qui désignait le baiser érotique et profond, incluant l’usage de la langue, plutôt donné à une courtisane.

    Le passage du latin au français n’en a retenu qu’un – le plus chaste : le basium

    Dans un registre identique, les Grecs, quant à eux, n’utilisaient pas moins de sept mots pour qualifier l’amour : si cette richesse sémantique existait dans l’Antiquité, c’est bien parce qu’une sexualité différenciée était acceptée. Mais, depuis, la chrétienté est passée par là…

    Le hold-up sémantique de l’Église catholique, qui nous a enlevé les mots de la bouche, et le « baiser » avec…

    Comment est-on passé d’une telle richesse lexicale dans l’Antiquité à une indigence aujourd’hui regrettable ? Certes, la langue évolue ; mais elle a surtout été modelée par l’omniprésence (et l’omnipotence, et la soi-disant omniscience) de l’Église catholique, du Moyen Âge au XIXe siècle, et sa mainmise incontestable sur le vocabulaire…

    Le « baiser » du premier dictionnaire français-latin

    En 1539, par l’édit de Villers-Cotterêts, François Ier impose le français comme langue commune. La même année, Robert Estienne, lexicographe et imprimeur du roi, publie le premier Dictionnaire français-latin. Dans ce dictionnaire de référence, il est clairement mentionné : « ung baiser : basium, osculum, suavium ».  À cette époque, le latin n’est plus guère compris en France que par les lettrés… instruits par le clergé. 

    Quant au premier dictionnaire de langue française, le Trésor de la langue française, (c’est-à-dire avec des définitions), il date de 1606 et on le doit à Jean Nicot (le même qui donnera son nom à la nicotine, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir) : il reprend alors les termes de Robert Estienne.

    "Baiser" : dictionnaire français-latin de Robert Estienne (1539)
    "Baiser" : dictionnaire français-latin de Robert Estienne (1539)

    Un latin ecclésiastique castrateur de la langue française…

    Pour comprendre ce raccourci lourd de conséquences, remontons aux origines de la langue française. À la Renaissance, la responsabilité du passage du latin (déjà ecclésiastique) au français, déterminant dans le façonnage de la langue française, est naturellement dévolue au clergé, seul et unique détenteur de l’enseignement…

    Or, ce latin médiéval (ou latin ecclésiastique, dit latin d’église) diffère déjà du latin classique : le vocabulaire a été simplifié dans certains domaines, enrichi dans d’autres (jusque-là, rien d’étonnant ni d’anormal), mais il existe surtout un réemploi de mots dans un sens religieux (comme « providence », « délivrance », mais aussi « commémoration », etc.), à un point tel que l’on ne peut s’empêcher aujourd’hui d’utiliser au quotidien (pour penser, agir, parler) des mots connotés de morale religieuse.

    Le passage du latin classique au français, notamment entre le XIIe et le XVe siècle, est donc marqué par une succession d’évolutions sémantiques qui collent à la christianisation de la société. Le siècle suivant, le XVIe, sera marqué par une réduction drastique du nombre de mots de vocabulaire, à l’initiative des auteurs, tous formés, influencés, voire biberonnés par le clergé catholique, quasi unique détenteur du savoir linguistique… Rabelais, paradoxalement ancien moine et génie du néologisme, et infatigable fustigateur des bien-pensants théologiens de la Sorbonne – qu’il qualifiait de « Sorbonagres » – sera censuré par ces derniers, évidement tout puissants.

    C’est que la langue française ne peut pas ne pas être chrétienne… Alors que la Sorbonne avait été créée au XIIIe siècle par Robert de Sorbon, un théologien…, le premier ouvrage à être imprimé en France (en 1476, dès l’arrivée du processus d’impression) est La Légende dorée de l’archevêque italien (canonisé depuis) Jacques de Voragine ; l’Académie française est créée en 1635… par un cardinal (de Richelieu) ; et la première véritable grammaire raisonnée, dite « universelle » de la langue française, la Grammaire de Port-Royal, est rédigée en 1660 par les prêtres jansénistes Antoine Arnauld et Claude Lancelot, dans une perspective audacieuse de philosophie du langage. Ce qui fera dire à Michel Foucault que cette grammaire a participé à conceptualiser différemment le monde…

    … et bien entendu censeur

    Car le latin est sous contrôle des précepteurs, tous ecclésiastiques, et le latin d’église est déjà une version expurgée du latin classique. Le passage au français se fait sous leur contrôle. Tout-puissants, ils exercent même une censure idéologique. Soucieux d’être lu par le plus grand nombre, et pas seulement par le petit cercle (catholique) des gardiens de l’enseignement, Descartes expose ainsi les raisons pour lesquelles il a écrit le Discours de la méthode (en 1637) en français et non en latin (ce qui constitue une innovation majeure pour un traité philosophique) : « Et si j’écris en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu’en latin, qui est celle de mes précepteurs, c’est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu’aux livres anciens » (Discours de la méthode, sixième partie). Et, pour échapper à la censure catholique, il le fait paraître en Hollande … L’héritage sémantique et intellectuel qu’on ne peut renier aujourd’hui est en marche : la langue française sera chrétienne (et notre pensée, cartésienne).

    À la même époque, à l’occasion du concile de Trente (de 1535 à 1563), l’Église instaure une censure des ouvrages qu’elle ne juge pas conformes à sa doctrine : c’est le fameux Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits). Jusqu’à la création de l’imprimerie, l’Église avait la mainmise sur les livres, puisqu’ils étaient écrits par les moines copistes dans les monastères. L’imprimerie introduit un danger que l’Église s’empresse d’essayer de contrôler… Elle les qualifie d’immoraux (mais par rapport à sa morale…), les mets à l’Index (expression encore utilisée pour « mettre au ban »), et crée même l’adjectif « expurgatoire » (index expurgatorius). Il faudra attendre 1966 pour que le Vatican émette enfin une « notification de la suppression de l’Index des livres interdits ».

    L’Église catholique a donc censuré des livres, expurgé des mots de vocabulaire, et en a inventé d’autres pour servir ses croyances et sa morale. Livres au bûcher et propagande sont les apanages trop bien connus et tellement répétés des dictatures…

    Notons enfin que le mot même de « censure » rejoint cette litanie de mots latins utilisés par l’Église dans un sens revisité pour servir sa cause. Ce mot est ainsi défini par Pascal en 1656 : « condamnation d’une pensée, d’une doctrine par l’Église », avant d’être versé dans le langage courant. Mais, à l’origine, le « censeur » romain est un administrateur chargé de « recenser » la fortune et le rôle de chacun (sorte de recensement moderne, utile pour les impôts…), et par extension la bonne moralité, d’abord pour les citoyens romains qui prétendent à une charge, puis, sous la dictature impériale, dans un esprit plus proche de celui d’une police des mœurs. Cette idée de regard critique sur les possessions ou les agissements de quelqu’un donnera donc la « censure » religieuse. Ce détournement sémantique se retrouve dans l’hérésie (chez les Grecs, le fait, philosophiquement louable, de « penser différemment »), le vulgaire (qui appartient au « peuple »), l’obscénité (ce qui ne se montre pas sur scène), la subversion (dans l’Antiquité, son acception, « renversement », était militaire ou politique, mais pas morale), etc. Autant de mots auxquels la chrétienté s’est empressée de donner une connotation morale totalement absente à l’origine… Sans oublier la tolérance, mot dont le sens a été tellement brouillé par l’influence chrétienne qu’il devient impossible de lui trouver une définition juste : de la bienveillante acceptation à l’indulgence prétentieuse et hautaine, il existe un gouffre sémantique dans lequel chacun y va de sa propre définition, le résultat étant une incompréhension inévitable. L’Église a prôné cette vertu à un degré au moins aussi haut que celui de l’intolérance dont ses représentants ont fait preuve.

    La notion de plaisir, coupable, est expurgée

    Ainsi, pour en revenir au baiser, l’osculum – le baiser sur la bouche – est condamné… Le « baiser de paix » entre chrétiens, toujours en vigueur dans les messes, était à l’époque des premiers chrétiens un osculum, donné sur la bouche : le concile de Carthage, en 397, le supprima, inquiet des possibles dérives de débauche. L’idée de fond était que les membres du clergé ne devaient pas échanger de baiser avec les femmes, même en signe de paix ou d’affection fraternelle. Cette mesure visait à promouvoir la discipline et la moralité au sein de l’Église en évitant toute occasion de scandale ou de tentation. Le « baiser de paix » ne sera réhabilité dans la liturgie de la messe qu’à l’occasion du concile Vatican II. Mais c’est le début d’une habitude jamais perdue de l’Église de s’immiscer dans l’intimité de l’être, et du couple, jusque dans la chambre à coucher…

    Quant au suavium, sa signification, suspecte car connotée d’érotisme torride, le condamna d’office. Il a néanmoins laissé une trace délicieuse dans la langue française sous la forme du mot « suave ». Si l’on remonte aux origines étymologiques de « suave », on trouve la racine indo-européenne *swad (notion de plaisir, de caractère « agréable »), que l’on retrouve dans le mot hédonisme, cher aux Grecs et refoulé par les chrétiens. La suavité, en plus de qualifier aujourd’hui une impression de délice, de douceur, de délicatesse, s’emploie également en termes religieux pour qualifier la joie céleste. L’adjectif suave peut également qualifier un taureau, mais je ne ferai pas ici l’honneur à la tauromachie de consacrer du temps à l’analyse sémantique de mots qui n’existent que dans la bouche d’aficionados barbares, sadiques et sanguinaires « testosteronnés » à la bêtise.

    Le vocabulaire est donc expurgé, comme si ce qui n’est pas concevable aux yeux de l’Église n’avait plus le droit de se dire. Le « baiser » devient donc indécent – encore un mot latin détourné : on passe de la signification antique de l’ « inconvenance », plutôt codifiée, à une notion d’impudeur provocatrice, forcément culpabilisante, comme bien des notions chrétiennes.

    Un millénaire d’interdits et de culpabilité judéo-chrétienne a forcément laissé des traces dans une langue enseignée quasi exclusivement, jusqu’à Jules Ferry, par le clergé. En condamnant la sensualité, l’Église a fait de l’érotisme – qui devrait être considéré comme un savoir-vivre qu’il me plairait d’écrire « savo’art » vivre – l’antichambre de la pornographie.

    Pour l’Église, l’amour « honnête » ne se dit donc pas, ne se montre pas, et ne s’imagine que dans la position du « missionnaire »… Bien que l’origine chrétienne de ce terme soit discutable, le fait que l’Église s’invite dans la chambre à coucher est indéniable…

    Lorenzo Valla et Érasme : un épicurisme chrétien combattu par l’Église

    « Plaisir » et chrétienté ne font donc pas bon ménage. Aux XIVe et XVe siècles, deux des plus grands érudits de l’époque, Lorenzo Valla et Érasme, dénoncent les erreurs textuelles dans les textes sacrés. Et, bien entendu, ces savants polyglottes, pétris d’humanités antiques, mesurent le gâchis que représente la perte des philosophies grecques et latines, condamnées plus ou moins explicitement par l’Église, notamment l’épicurisme et l’hédonisme.

    Avec son délicieux De Voluptate (Sur le plaisir), l’humaniste érudit Lorenzo Valla (1407 –1457) réhabilite l’épicurisme antique dans sa version la plus noble, mais que l’Église ne veut ni voir, ni entendre, ni même penser : pour elle, il n’y a définitivement pas de plaisir honnête ou, comme le chante Jean Ferrat, « une femme honnête n’a pas de plaisir »… Or, Valla est un philologue averti, probablement le plus érudit de son siècle, et la condamnation qu’il porte à son époque sur certaines traductions religieuses est aujourd’hui irréfutable. Sa dénonciation de l’imposture que représentait la soi-disant Donation de Constantin prouve à quel point l’Église, déjà détentrice du pouvoir spirituel dans l’Occident chrétien, était prête à tout pour usurper le pouvoir temporel. En d’autres termes, elle ne se satisfaisait pas de l’autorité dont elle jouissait, mais reluquait le pouvoir absolu.

    Le non moins érudit et non moins humaniste Érasme (1466 – 1536) lui emboîte le pas dans la remise en cause de la traduction et de l’interprétation linguistique de textes sacrés, et ose publier, en 1516, une version annotée du Nouveau Testament en grec, et non plus en latin, persuadé à raison que la Vulgate latine n’avait pas été fidèlement traduite… 

    Ce n’est pas un hasard si ces deux combats vont de pair : réhabiliter une notion de plaisir, condamnée par l’Église, et dénoncer les « erreurs » textuelles des textes sacrés, pas du tout involontaires. Car, en face, l’Église a bien tenté – et probablement réussi – à modifier le langage pour contrôler la pensée…

    Mais Valla comme Érasme sont sévèrement critiqués par l’Église catholique, et qualifiés d’hérétiques. C’est le combat du pot de terre contre le pot de fer : quelques années plus tard, le concile de Trente fixe définitivement la Bible que nous connaissons aujourd’hui, et censure Érasme. L’épicurisme chrétien est un vœu pieux…

    La lente mutation de « baiser » à « embrasser »

    « Baiser » et ses dérivés, tous familiers : un substantif décent mais un infinitif indécent

    Si le substantif « baiser » reste chaste, l’infinitif a pris la voie (et la voix…) de la vulgarité…

    Le substantif (« un baiser ») n’accepte effectivement comme synonymes – certes dans des sens très divers – que des mots plus proches du langage familier que soutenu (ou même courant) : bise, bisou, bécot, poutou, patin, pelle, galoche, etc.

    Quant au verbe « baiser », à l’exception de quelques usages mineurs dans le sens « embrasser », il est aujourd’hui connoté dans un sens qui ne connaît malheureusement pas de synonyme heureux. Il rejoint par là le verbe « aimer » (charnellement…), en le dénaturant…

    De « baiser » à « embrasser »

    Il ne reste donc que le mot « baiser », longtemps employé à l’infinitif en plus du substantif, avant qu’une connotation particulièrement triviale le fasse supplanter par le verbe « embrasser », dont l’origine sémantique « prendre dans les bras » est évidente. Ce terme aujourd’hui courant est particulièrement récent, puisque les dictionnaires de la fin du XIXe siècle (Littré, Larousse), jugeaient en effet son usage impropre. Le Dictionnaire de la langue française (1890-1900) qualifiait même « embrasser » de néologisme.

    Mais il est bien entré à cette époque dans l’usage et dans la langue française, certainement en raison de l’apparition de l’usage érotique, voire vulgaire, de « baiser », et même de son sens second : « berner, duper, abuser, tromper, arnaquer… » L’origine de ce dernier est un peu floue, mais il est certain que les Romains, chez qui l’amour homosexuel était parfaitement accepté (comme chez les Grecs) ne concevaient pas pour le citoyen romain d’être « pris », mais uniquement de « prendre ». En termes plus crus, le citoyen romain ne peut qu’être actif et non passif, il peut baiser, mais non être baisé, et, plus trivialement, il peut enculer mais pas se faire enculer ! Pourquoi cette connotation si vulgaire pour une pratique sexuelle – plus heureusement appelée sodomie – encore fustigée par l’Église ? [Encore une fois, le terme de « sodomie » vient de la Bible, sans toutefois qu’il soit explicitement question de telles pratiques dans la ville de Sodome]. Pourquoi ce relent de retenue quand il s’agit de prononcer ce mot, ou de le taper sur le clavier, alors qu’il ne s’agit que d’une pratique sexuelle comme une autre ? « La faute à »… l’Église (qui a relégué celle-ci au rang de pêché mortel), et non à Voltaire ou Rousseau comme le chantait Gavroche… Ironie de l’Histoire, Victor Hugo s’était d’ailleurs inspiré d’une chanson satirique du célèbre chansonnier Béranger, qui reprenait les accusations d’ecclésiastiques reprochant à Voltaire et Rousseau d’être à l’origine des  idées révolutionnaires :

    « Si tant de prélats mitrés

    Successeurs du bon saint Pierre,

    Au paradis sont entrés

    Par Sodome et par Cythère,

    Des clefs s’ils ont un trousseau,

    C’est la faute à Rousseau ;

    S’ils entrent par-derrière,

    C’est la faute à Voltaire. »

    Ce détournement linguistique regrettable – comme tant d’autres – peut laisser amer, mais nous pouvons nous consoler à l’idée que la polysémie ouvre la porte à bien des calembours, jeux de mots ou autres traits d’esprit. Ainsi, que vaut-il mieux : une mise à l’index sans fondement ou une mise de l’index dans le fondement ? Chacun appréciera.

    Pour terminer avec « embrasser », comme une grande quantité de mots de la langue française, ce dernier peut prendre le sens second, plus abstrait, d’ « adopter » : « embrasser les idées de, la cause de… »

    Joignons le geste à la parole que nous n’avons plus.

    « Aimer » et « baiser » sont deux mots à la richesse sémantique lexicale incontestable, et paradoxalement terriblement dépréciés… L’Église a ainsi capté un héritage sémantique antique riche et l’a appauvri, détournant le lexique à des fins moralisatrices.

    La religion a déclaré incompatibles le plaisir des sens et l’amour du divin. Pourquoi ? Laisser libre cours aux sens, c’est laisser l’être s’exprimer… au risque de ne plus le contrôler. Mais apologétique et prosélytisme sont les deux mamelles d’une religion autoritaire, qui, contrairement au message, tout à fait louable, qu’elle prétend divulguer, réduit l’être humain à une marionnette insensible et asexuée.

    Dieu merci, il reste la communication non verbale. Alors, quand on n’a pas (ou plus) les mots, passons aux actes :

     

    « La chair est faible, hélas, et j’ai lu tous les livres » (Mallarmé). 

    « La langue est pauvre, hélas, et j’ai dit tous les mots » (moi).

    H.B.

    Rodin, le Baiser
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